20.5.15

Myriam Underwood, fondatrice de JUSTE - Interview

 

Myriam Underwood a engagé une révolution Juste, celle du textile. Cette marque propose une alternative saine et responsable à notre (sur)consommation de vêtements, basée sur une logique de traçabilité et donc de transparence sur l'impact environnemental et les conditions de travail. 
Produire et consommer, oui mais avec sens et raison. 
Une prise de conscience made in France qui fait du bien !




    Quelle est l’origine de ton envie de militer pour une industrie responsable ?

En travaillant pour une marque de prêt-à-porter en tant que Chef de produit, j’ai commencé à me poser des questions sur qui étaient ces hommes et ces femmes qui fabriquaient nos vêtements qui revenaient de Chine à un prix incroyablement bas. Je me suis rendue compte que j’étais complètement déconnectée des usines, des travailleurs, des process, … et aussi du produit dont je ne connaissais finalement pas les étapes de production. Parallèlement, j’ai commencé à m’intéresser aux conditions des travailleurs du textile dans le monde, aux produits chimiques utilisés dans la fabrication des vêtements, aux certifications textiles existantes et aux problèmes environnementaux liés à la production textile dans le monde. J’ai été effarée parce que j’ai découvert et j’ai décidé de m’atteler, à ma toute petite échelle à essayer de faire changer les choses.

    L’idée venue, par quelles étapes es-tu passée pour engager la "révolution" ?

J’ai été accompagnée sur mon projet en tant que demandeur d’emploi pour les côtés administratifs, juridiques, comptables,… et en parallèle, j’ai peaufiné mon projet. Pendant plus d’un an, j’ai contacté des dizaines d’usines françaises pour trouver tous les sous-traitants qui soient capables de travailler le lin et la laine et qui acceptent de collaborer avec une jeune créatrice. J’ai fait de nombreux essais auprès de plusieurs usines avant d’arriver à fabriquer un prototype qui soit "portable".

    Souffrant de la délocalisation, le savoir-faire textile existe-t-il encore en France ?

En France, tout le savoir-faire autour du 100% lin avec un traitement naturel a quasiment disparu alors que nous sommes le premier producteur de lin au monde ! Et j’ai rencontré les mêmes difficultés autour de ma collection d’hiver en 100% laine mérinos. Les usines françaises souffrant de la concurrence principalement asiatique ont soit fermé, soit vendu leurs machines. Les ouvrières âgées sont parties en retraite sans partager leur savoir-faire. Il y a des techniques de tricotage qu’on peut faire réaliser au Portugal, en Italie, en Chine, mais plus en France.

     Tu défends une consommation citoyenne et solidaire, en somme ta conviction est
    "consommer moins mais consommer mieux", que symbolise ce discours ?
 
Aujourd’hui on achète beaucoup plus que ce dont on a réellement besoin et cela entraine des dommages irréversibles pour l’environnement. La mode "jetable" qui est malheureusement de plus en plus la norme encourage les chaînes de textile à délocaliser leur production dans des pays où la main d’œuvre est toujours moins chère. Aujourd’hui, c’est en Corée du Nord où les ouvriers travaillent en échange de nourriture. A contre-courant de ce système, il existe des marques qui respectent les travailleurs, la santé des travailleurs et des clients et l’environnement. Mais en premier lieu, il me semble qu’il faut acheter uniquement ce dont on a besoin.

    "Sweatshop" ("Atelier de misère"), diffusé en Norvège, mettait en scène 3 jeunes 
    blogueurs mode faisant l’expérience des conditions inhumaines de l’industrie
    textile dont ils ne préoccupaient pas jusque là. En 2015 à quel niveau situerais-tu la
    prise de conscience des consommateurs ? 

Le fait qu’il existe une télé-réalité qui raconte la vie des travailleurs dans ces sweatshop est la preuve que le public s’y intéresse. Ces dernières années, les documentaires sur ce sujet sont de plus en plus fréquents. Il y a une réelle prise de conscience de l’envers de la mode. Pour la nourriture en tous cas, c’est flagrant, le nombre de personnes qui souhaitent une traçabilité a considérablement augmenté. Pour la mode, ça commence !

               

     Pour tes collections estivales tu as choisi le lin. Peux-tu nous dire pourquoi il se
    révèle être la matière qui représente le plus d’avantages écologiques ? 

Le lin est une matière extraordinaire qui est intrinsèquement écologique. La fibre de lin pousse sans eau et quasiment sans intrants chimiques. Sa transformation est entièrement mécanique, contrairement aux matières non naturelles qui demandent un traitement chimique. « Autre avantage : en véritable puits de carbone, un hectare de lin retient chaque année 3,7 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de trois voyages en avion de Paris à Moscou »*.  Il permet même d’améliorer le sol pour les cultures suivantes ! En plus, dans la tige, absolument chaque partie du lin est utilisable ! Le bois, la poussière ou les graines qui restent de la tige sont vendues ou données pour servir aussi. Enfin, c’est la seule matière qui pousse localement puisque le France est le 1er producteur de lin au monde.

    Les collections se développent, quels sont les nouveaux projets à venir ?

Je prépare une collection bébé en laine pour la rentrée ! Et j’aimerais sortir une petite collection maison pour ce Noël. 

    Pour le moment, les vêtements JUSTE ne sont disponibles que l'e-boutique ?

Oui, malheureusement, le coût de production est tellement élevé que je ne peux pas faire de la vente en gros à des détaillants. Sinon, le prix du produit serait multiplié par 2. Nous faisons des ventes en CE d’entreprise à Toulouse ou en Biocoop. Nous participons aussi à des ventes lors d’événements ou de marchés créateurs. J’invite les lecteurs intéressés par JUSTE, la révolution textile à s’inscrire à notre newsletter ou sur nos réseaux sociaux pour les connaître !


20.4.15

Diglee est colère !


La semaine dernière avait lieu la Semaine internationale contre le Harcèlement De Rue. Faire réagir et sensibiliser contre ce type d’harcèlement c’est le combat quotidien de l’association Colère : Nom féminin. Leur démarche ? Une boutique en ligne mettant en ventes des débardeurs et des tote bags sérigraphiés de slogans rebelles envers ces injustices quotidiennes. L’intégralité des bénéfices de ces ventes est reversée à une association de lutte contre le harcèlement de rue et plus généralement contre celles faites aux femmes et aux LGBT...Des bénéfices qui servent également à mettre en place des cours de self défense financés par l'association pour s'initier aux gestes à adopter en cas d'agression physique.
 
Sensible à cette cause l’illustratrice Diglee a présenté aujourd’hui sa collaboration avec l’association Colère : Nom féminin. Le tote bag illustré par Diglee sera mis en vente dès vendredi dans une quantité restreinte de 1000 exemplaires, privilégiant le côté collection éphémère. Un visuel vraiment très chouette croqué par la talentueuse Diglee traduisant le slogan "La rue est publique, mon corps non !"

 
Diglee nous parle de l’élaboration de ce projet, en dessins bien sûr : sur son blog

9.4.15

Chronique cinéma : Lost River


On y est, avril 2015, ce mois si excitant où le 1er film de Ryan Gosling en tant que cinéaste débarque dans les salles françaises.

Inspiré de l'atmosphère morose qui s'est abattue sur Détroit -première grande ville des États-Unis à avoir demandé sa mise en faillite- c’est là que l’équipe a posé ses valises pour le tournage. C’est donc dans une ville en décomposition, frappée par la crise économique et désertée que le film suit les errances de Billy, une mère célibataire qui lutte pour son emprunt, sa maison et ses deux fils. Mais le scénario est beaucoup plus alambiqué : Bones, son fils aîné, découvre une route secrète menant vers une cité engloutie. Nous voilà donc plongés dans un conte social mêlé à une histoire fantastico-ahurissante.

Niveau casting, on retrouve des acteurs analogues à Ryan :

Christina Hendricks (Billy, la mère) n’est autre que la rousse incendiaire avec laquelle il ne se montre pas des plus tendres au sein de Drive.


Ben Mendelsohn, acteur australien avec qui il partage l’affiche de The Place Beyond the Pines et également Eva Mendes rencontrée sur le même tournage et qui désormais joue un grand rôle dans sa vie privée : celle de la mère de leur fille Esmeralda.  


Et Iain de Caestecker, le jeune héros de l’histoire qui ne recense jusqu’alors aucune collaboration avec Ryan mais qui révèle quelques airs physiques.


Pour son premier long métrage -dans lequel il s’abstient de tenir un rôle- Ryan nous présente un production esthétique et poétique. La photographie est soignée dès les premières minutes et l’on perçoit très vite les références aux cinéastes branchés contemporains qui l’ont inspiré : monde de la nuit, bande-son omniprésente, tempo électro, plans fixes, couleurs saturées et néons empruntés à Nicolas Winding Refn le réalisateur de Drive ou encore les traveling sur des paysages baignés de lumière de Terrence Malick.. Grand admirateur de Gaspard Noé (il affirme d’ailleurs que son film préféré cru 2010 est Enter The Void, Aïe !) Ryan Gosling a choisi de confier la photographie à Benoît Debie le directeur photo attitré de Noé. Mais à vouloir sur-esthétiser son œuvre il se perd dans un scénario trop sophistiqué et peu compréhensible. Une œuvre arty qui plaira aux cinéphiles avertis mais qui risque de s’attirer les foudres criants à la caricature prétentieuse du cinéma indépendant.

1h35 il n’en fallait pas plus –ou en tout cas pas si brouillon- car l’intérêt pour le film ne m’est venu que vers la moitié en partie grâce à Ben Mendelsohn convaincant dans ses interprétations possédées par l’obsession charnelle. Ce film halluciné ne laisse tout de même pas indifférent et colle à la peau quelques heures durant. Fusionnant dans de très beaux tableaux : sordide, violence, spectaculaire morbide et fanatisme pour les flammes.

Si on lui pardonne la surenchère et considère ce film comme un coup d’essai, Ryan nous a ouvert les portes d’un univers fécond qu’il lui faudra explorer davantage.